Lieu-dit…

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Topographie intime. Ce travail autour des ruines d'un château se trouvant dans un village où j'ai passé mon enfance, se composent d'environ 1000 images et d'une vidéo. Ces recherches se divisent en cinq séries d'images, cinq promenades composées de photographies, de photocopies et de reports d'images. Elles sont inventoriées suivant un ordre précis dans des classeurs. Toutes ces traces ont été ensuite numérisées et réunies dans cinq recueils de format carré de 21 centimètres de côté.

Dans un premier temps, j'ai retrouvé des photographies réalisées autour des ruines de cette demeure. Je les ai photocopiées, puis j'ai réalisé une série de report d'image sur des supports variés (papier calque, feuille de papier blanc et feuille de papier à dessin). En utilisant de l'essence de térébenthine comme révélateur, j'ai ainsi obtenu des reports d'images de ma collection de photographies, telles des décalcomanies. J'ai conservé et classé ces transferts d'images ainsi que les photocopies. Ces documents sont archivés suivant un parcours en boucle qui débute et se termine à un point précis. Telle une promenade autour des ruines de ce château, ces images sont classées suivant une avancée progressive.

…Dans un deuxième temps, j'ai réalisé une vidéo. En 1997, j'ai suivi le même parcours que le classement de mes photos, tout en filmant les ruines. Enfant, faire le tour de ce château était un rituel, je laissais alors libre cours à la méditation. J'ai emprunté à nouveau ce sentier muni d'une caméra afin de faire renaître des souvenirs, des rêveries. A partir de cet enregistrement vidéo, j'ai filmé directement sur écran une sélection de séquences en essayant de les enregistrer les unes après les autres.

Grâce à ce procédé, j'ai obtenu une restitution directe mais altérée du parcours que j'ai effectué.
J'ai également retravaillé la durée, la vitesse, les processus d'apparition et de disparition du sujet à l'aide d'une simple télécommande. J'ai utilisé la discontinuité, le scintillement et le morcellement. Puis, à l’aide d’une régie de montage vidéo, j’ai synchronisé mon assemblage. La vidéo est montée en boucle et répète à l'infini une marche autour du château.

Dans un troisième temps, à partir de la vidéo, j'ai photographié sur écran les différentes vues du château. J'ai pu alors sélectionner des images et mieux en juger à distance. J'ai ainsi réalisé une série de photographies en couleur et une autre en noir et blanc. J'ai classé ces deux séries de photographies suivant le parcours effectué autour du château. J'ai photocopié chaque photographie que j'ai ensuite transférée avec de l'essence de térébenthine sur des feuilles de papier. Ces reports d'images ont ensuite été à nouveau archivé suivant la promenade accomplie autour des ruines.

Les images, les séquences, les séries se suivent ainsi pour tenter de révéler ce qui se passe entre les différents constats, entre la restitution et l'oubli. Je cherche grâce à des processus de conservation, d'effacement et de remémoration à éclaircir les souvenirs que je garde de ce lieu. Ces impressions, ces résonances ont besoin d'être traduites, lues à rebours et déchiffrées. Le vieillissement des lieux et de mes souvenirs apparaissent et le temps perdu semble se confondre avec un temps retrouvé.

Catherine Brachet